
La prise en compte globale de la biodiversité nécessite une réorganisation législative et réglementaire. Elle passe aussi par la mobilisation de tous les acteurs sur le terrain.
Voici un exemple concret lié à l’agriculture avec ce programme de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).
Les espèces inféodées aux milieux agricoles sont en net déclin en France. Des pratiques agricoles peu respectueuses de l’environnement sont la cause principale de ce déclin : augmentation de la monoculture, destruction des haies et des bandes enherbées, irrigation intensive, mécanisation de la fauche, régression des prairies naturelles au profit de cultures comme le maïs, etc... ont dégradé la qualité des ressources naturelles et donc des espèces. En ce qui concerne les oiseaux, 13 des 20 espèces qui ont le plus régressé en France dans les vingt dernières années (régression de plus de 50% de leurs effectifs nicheurs) sont des espèces inféodées aux milieux agricoles. Face à ce déclin, la LPO s’investit, depuis plusieurs années, auprès des agriculteurs pour les soutenir dans la mise en œuvre de pratiques respectueuses de l’environnement. En 2005, la LPO a lancé, avec trois réseaux d’agriculteurs, un programme expérimental de reconquête de la biodiversité.
Le programme « Comment les agriculteurs peuvent-ils améliorer la biodiversité sur leur exploitation ? » s’inscrit dans la stratégie nationale qui vise à stopper la perte de biodiversité en France d’ici 2010. L’objectif est d’initier un programme expérimental de reconquête de la biodiversité en milieu rural agricole sur la base d’un plan de gestion.
150 exploitants appartenant à des réseaux d’agriculteurs volontaires de l’Agriculture Biologique (FNAB), l’Agriculture Durable (FNCIVAM/RAD) et l’Agriculture Raisonnée (FARRE), se sont impliqués dans cette démarche, parmi 15 départements retenus.
Sur chaque exploitation, la LPO effectue des diagnostics environnementaux, permettant d’évaluer les enjeux prioritaires et de définir les objectifs à atteindre. Sur cette base, des mesures d’amélioration de la biodiversité sont proposées à l’agriculteur, dans le cadre d’un plan de gestion de 5 ans.

Les mesures préconisées sont différentes d’une exploitation à l’autre car elles sont fonction des enjeux identifiés. La LPO accompagne l’agriculteur dans leur mise en œuvre en leur apportant un soutien technique. Voici quelques exemples de mesures de gestion qui peuvent contribuer à améliorer significativement la biodiversité.
Entretien des bandes enherbées
Respecter la période de nidification : ne pas faucher, broyer ou utiliser des produits chimiques entre le 1er mai et le 31 août,
Ne pas fertiliser ni irriguer,
Pour les « plantes indésirables », privilégier l’intervention mécanique.
Gestion des jachères
Ne pas faucher en période de reproduction entre le 1er mai et le 31 août,
ou
Laisser au moins une bande de 2 m non fauchée en bordure tout autour de la prairie (le long d’une haie, d’un chemin, d’une route, d’un cours d’eau ou d’un fossé),
ou
Laisser une zone de refuge où la fauche est décalée dans le temps,
Faucher lentement du centre vers la périphérie pour permettre à la faune de pouvoir fuir sur les côtés et donc de ne pas être piégée au centre,
Ne pas fertiliser,
Utiliser un couvert adapté de faible densité,
Localiser les jachères de façon pertinente.
Gestion des espaces cultivés :
Limiter et gérer les intrants (effectuer des analyses de sol, utiliser au mieux la météo, ...),
Limiter les traitements et ne pas irriguer en bordure de culture,
Préférer une mosaïque de cultures sur un même îlot à un seul grand élément en monoculture,
Ne pas labourer en profondeur,
Intégrer dans la rotation des cultures permettant de restaurer la qualité du sol,
Intégrer la luzerne dans la rotation, pouvant servir de fourrage pour les bovins,
Déchaumer en février - mars, dans la mesure du possible selon la date de semis de la culture suivante, pour permettre aux oiseaux et autres animaux de trouver de la nourriture (graines au sol, insectes, ...) pendant la mauvaise saison.
Gestion des haies :
Conserver les haies existantes et maintenir un entretien régulier (2-3 fois sur 5 ans) : coupe des branches mortes dangereuses (pas de coupe systématique de toutes les branches mortes qui peuvent jouer le rôle de refuge, etc., pour les animaux) et rééquilibrage du houppier (feuillage) si nécessaire,
Ne pas arracher les souches ou les troncs d’arbres morts,
Laisser des troncs ou branches coupés sur le sol (sauf en cas de danger ou mauvais écoulement de l’eau) pour fournir à un grand nombre d’animaux (insectes, ...) des zones favorables (alimentation, refuge, reproduction, ...) ,
Ne pas systématiquement « nettoyer » aux pieds des haies les épineux comme les ronciers ou autres espèces, considérées à tort comme « indésirables » et pouvant accueillir une faune riche et diversifiée. La lisière est très importante pour le développement et le maintien des espèces, aussi bien pour la flore que pour la faune.